12 février 2008
La lettre K
En notant ce soir des passages d’Une existence tranquille, j'ai réalisé que les deux auteurs de l’année 2008 (voir ici) utilisaient la lettre K de manière analogue, comme un nom en soi. Dans Une existence tranquille, « sorte d’autobiographie détournée » dans laquelle Oé « fait en filigrane le bilan de sa création littéraire » (quatrième de couverture), il semble apparaître sous la lettre K. Lorsque, page 190, il est fait expressément mention de M/T et l’histoire des merveilles de la forêt comme un livre de K, il devient clair que ce K est bien l'initiale de Kenzaburô. A noter que, dans le roman, l’un des fils de K est lui aussi nommé d’une seule lettre, terminale celle-ci : Ô.
Chez Kafka, le personnage (K. ou Josef K.) est nommé d’un « K tenant lieu de X dont on ne sait pas s’il est le début d’un nom normal, quoique clandestin, ou le dernier vestige d’un nom éteint, impossible à reconstituer » (Marthe Robert).
« Le simple K qui les caractérise annonce la disparition de l’écrin de détails qui définit le personnage romanesque dans sa variante balzacienne », analyse Roberto Calasso. « Cette lettre est un signe algébrique, qui vaut pour un éventail de possibilités. »
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Seul, comme Franz Kafka, Marthe Robert, Calmann-Lévy, 1979
K., Roberto Calasso, 2002 ; Gallimard, Du monde entier, 2005, traduit de l’italien par J.-B. Manganero
Pouvoir des gommes
« Je me remémorai des bribes du texte de mon père que Madame Shigetô m'avait lu à haute voix... A ce jeune homme enfermé dans un regret sans issue... qu'il a commis ne lui soit point compté... Eux qui nageaient là-bas en se parlant avec beaucoup d'enthousiasme, se démenaient-ils pour effacer, à l'aide d'une immense gomme invisible qui flotterait à la surface de l'eau, l'acte que Monsieur Arai avait commis dans le parking afin qu'il ne lui fût point compté ? »
Oé K., Une existence tranquille, 1990 ; Gallimard, 1995, traduction Anne Bayard-Sakai, ISBN 2-07-073046-8, 259 p., p. 244-245.
