04 mai 2008
"Arrachez les bourgeons,..."
« Le blocage de rails était un ‘symbole’. Il signalait une somme d’hostilité chez les paysans dans les villages qui entouraient, par cercles concentriques, celui de la vallée dans laquelle nous étions emprisonnés ; cela dressait autour de nous un mur robuste, épais et absolument infranchissable. »« Pendant ces jeux inertes, nous avons examiné une horloge démodée qu’un camarade avait apportée et, levant les yeux, nous avons évalué la position du soleil. Mais le temps était si lent, il n’avançait guère. Le temps ne bouge pas du tout, me dis-je exaspéré. Tout comme le bétail, le temps ne veut pas avancer sans la surveillance sévère des hommes. Comme les chevaux et les moutons, le temps ne fait pas un pas sans l’ordre d’un être humain. Nous sommes englués dans la flaque du temps. On ne peut rien faire. Mais rien n’est plus difficile et exaspérant, fatigant et vénéneux pour le corps que d’être emprisonné sans rien pouvoir faire. Je me suis levé en m’ébrouant. »
Oé Kenzaburô, Arrachez les bourgeons, tirez sur les enfants, 1958
Récit traduit du japonais par Ryôji Nakamura et René de Ceccaty, Gallimard, Haute Enfance, 1996, 234 pages, ISBN 2-07-073320-3, p. 91 et p. 105.
Commencé et terminé au Havre (1er mai-4 mai 2008)
