30 novembre 2008
Un texte de Demian Kaïn
J'ai reçu récemment un mail de Demian Kaïn me demandant ce que je pensais d'une lettre qu'il avait rédigée pour répondre à un appel à candidatures demeuré sans suite. J'ai apprécié ce texte auquel j'ai trouvé quelque chose de kafkaïen, et que son auteur m'a permis de reproduire ici. N'hésitez pas à nous faire part de votre point de vue.
--------------
LA VITRINE
Monsieur,
Une situation qui est le comble de la dignité parce qu’elle est aussi le comble de la décrépitude, je ne pensais pas que j’en vivrais une un jour. Je n’avais jamais imaginé d’ailleurs qu’un tel état fût concevable.
C’est pourtant directement à cet extrême que me fait accéder votre proposition et cet honneur que vous me faites de me considérer, selon vos propres termes, comme l’« héritière des Anciens Romains » – auxquels il est du reste exact que remontent les origines de ma race. Que cette race soit aujourd’hui définitivement éteinte, votre suggestion en est la preuve indubitable. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il y aurait de la duplicité de ma part à y adhérer sans réserve, comme si j’en étais venue à m’incliner moi aussi devant ces égéries de la vitesse et d’une culture que j’éviterai de qualifier plus précisément, mais que son étroitesse oppose en tous points à la nôtre, qui était celle du luxe et de la largesse.
Ces deux cultures, elles sont même au sens strict orthogonales, puisqu’il s’agit au fond d’opposer l’horizontal au vertical.
Si l’on voit les choses sous cet angle (et je reconnais qu’il est impossible de faire autrement), accueillir favorablement votre demande reviendrait à légitimer l’imposture, à renoncer à la lutte, à la seule fin de me voir, moi, consacrée pour l’éternité.
Il n’est évidemment pas question d’une telle satisfaction d’orgueil personnel. En vérité, c’est uniquement du fait de la raréfaction croissante de l’élément qui fut ma raison d’être que j’accepte de figurer dans la vitrine d’honneur de votre musée en tant que dernière baignoire.
Telle est dorénavant pour moi, Monsieur le Conservateur, la seule possibilité de continuer à jamais d’honorer le culte de l’eau aussi fidèlement que je le fis aux temps de son abondance.
En l’honneur de ce qui fut mousseusement, je vous en remercie.
Signé : LA BAIGNOIRE
------------------
(par Demian Kaïn)
09 novembre 2008
Art métropolitain et séparation des pouvoirs – une observation
«Toute société dans laquelle la garantie des droits n'est pas assurée, ni la séparation des pouvoirs déterminée, n'a point de constitution.»
(Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, 1789, article 16)
La station de métro Assemblée nationale (Paris, ligne 12) s’appelait autrefois - avant le 30 juin 1989 - Chambre des députés.
Depuis le 30 septembre 2008, pour fêter le cinquantenaire de la 5ème République et de sa constitution, elle est décorée d’une nouvelle fresque sur laquelle figurent, notamment et principalement, les présidents élus de cette République (on y aperçoit certes également Simone Veil).
Bonne nuit, les députés !
---
Pour des photos de la fresque, cf. Wikipedia.
14 janvier 2008
Révélation et résolution
J’ai lu récemment, de Oé Kenzaburô, Notes de Hiroshima et je suis en train de lire Moi, d’un Japon ambigu (qui rassemble le discours prononcé lors de l’obtention de son prix Nobel, en 1994, et diverses conférences sur la littérature).
« Je découvre là des raisons de croire à l’étrange pouvoir curateur de l’art.
Et même si la preuve n’en est pas vraiment faite, c’est fort de ce credo que je souhaite si c’est possible, en mobilisant les faibles forces qui sont les miennes, affronter avec une douleur sourde les ravages accumulés par notre siècle au cours du développement monstrueux des technologies et des communications ; j’aimerais plus particulièrement, en me tenant légèrement en bordure de ce monde, me mettre en quête des moyens permettant de contribuer de façon décente et humaine à la guérison et à la réconciliation de l’humanité entière – telles qu’on peut les envisager à partir de cette perspective excentrée.» (Notes de Hiroshima, préface pour la nouvelle édition anglaise, mars 1995)
« Le rôle de la littérature est de créer un modèle pour les hommes vivant dans leur temps qui – dans la mesure où l’homme est un animal historique – contienne également son passé et son avenir.» (De la littérature d'après guerre aux théories de la culture, 1986, in Moi, d'un Japon ambigu)
Toujours par un de ces hasards dont les livres sont les véritables auteurs (cf. note du 23 novembre 2007), il est arrivé que ces lectures trouvent une modeste application dans le manuscrit que j’étais en train de terminer à ce moment-là. Et c’est dorénavant volontairement et consciemment en ce sens que j’envisage de creuser et d’orienter mes pensées et mon travail.
Que soit ici vivement remerciée C., mon professeur de japonais, pour m’avoir conseillé de lire Oé Kenzaburô.
-------------------
Oe Kenzaburô, Notes de Hiroshima, 1965 ; Editions Gallimard, 1996, pour la traduction française (D. Palmé), collection Arcades, ISBN 2-07-074277-6, 230 p.
Moi, d’un Japon ambigu, 1995, The Nobel fondation, 1994, pour le texte intitulé « Moi, d’un Japon ambigu » ; éditions Gallimard, 2001, pour la traduction française (R. de Ceccaty, R. Nakamura), ISBN 2-07-0744-58-2, 97 p.
02 janvier 2008
Excellente année 2008 !
07 juillet 2007
7-7-7
Je crois pouvoir affirmer qu'Arsinoé Belline, dont ç'aurait été l'anniversaire, aurait adoré vivre ce jour.
21 juin 2007
Muses à Tremplin n° 3
Parution du numéro 3 de la revue littéraire Les Muses à Tremplin (rédactrice en chef : Adélaïde Simon).
Avec Conjecture n° 2, d'Olivia Cham, sur le thème : Pièce touchée, pièce jouée. Un livre peut être un miroir et réfléchir d'autres livres.
14 février 2007
Muses à Tremplin n° 2
Parution du numéro 2 de la revue littéraire Les Muses à Tremplin (rédactrice en chef : Adélaïde Simon).
Avec Conjecture n° 1, d'Olivia Cham, sur le thème : nombres parfaits et livres amis. Où les maths sont littéraires et les romans, chiffrés. Essai de décodage chez Jerzy Kosinski et Yôko Ogawa.
24 janvier 2007
L'Eté est fini
Un livre qui s'appelle "L'Eté" et qu'on commence en juin ; ça pourrait être aussi le premier jour de la saison, sauf qu'on a oublié la date exacte ; un livre qu'on nous conseille de terminer le dernier jour du printemps, sauf qu'il n'a pas passé l'hiver...
Mille autres pages et feuilles qu'on voudrait bien lire aussi, mais seul "L'Eté" est traduit en français.
Un jour peut-être, aurai-je d'une manière ou d'une autre accès à toutes les saisons de la tétralogie.
Shiki (Les Quatre saisons), de Nakamura Shin'ichirô
Le Printemps - L'Eté - L'Automne - L'Hiver
L'Eté (夏 Natsu), 1978 - traduit du japonais par Dominique Palmé - Ed. Ph. Picquier-UNESCO, 1993, 2002 (traduction, préfaces et notes)
ISBN 28277306003, 694 p.
03 janvier 2007
Résolutions
"Ruisselet de temps en comparaison de son lac gelé sur l'échiquier, ma montre marquait trois heures et demie. On était en mai - aux environs de la mi-mai 1940. La veille, après des mois de sollicitations et d'imprécations, l'émétique d'un pot-de-vin avait été administré au rat qu'il fallait dans le bureau qu'il fallait, et il en était finalement résulté un visa de sortie d'où résultait, à son tour, l'autorisation de traverser l'Atlantique. Tout à coup, je sentis qu'avec l'achèvement de mon problème d'échecs, toute une période de ma vie venait de prendre fin d'une manière satisfaisante. Tout était très calme autour de moi, avec de légères fossettes, pour ainsi dire, en vertu de mon soulagement."
Vladimir Nabokov, Autres rivages - Gallimard, folio n° 2296 - pp.369-370.
Excellente année 2007.
07 novembre 2006
Ogawa
En ce moment, je ne lis que des romans d’Ogawa, ou presque.
Depuis la révélation de La petite pièce hexagonale 六角形の小部屋, en septembre dernier, se sont succédé :
L’Annulaire 薬指の標本
Parfum de glace 凍りついた香り
La Formule préférée du professeur 博士の愛した数式
Hôtel Iris ホテル・アイリス
Et maintenant, Le Musée du Silence 沈黙博物館.
"J'aimais répondre à ses questions, de quelque nature qu'elles fussent. C'est pourquoi je l'avais expressément invitée à venir voir mon microscope. Je me disais que mes modestes réponses seraient peut-être pour elle des paroles indispensables. N'aurais-je pas été capable de lui offrir tout ce qu'elle voulait ? C'était ce dont elle me donnait l'illusion." (p. 91)
"J'étais dans l'état d'esprit de celui qui réalise pour la première fois de sa vie à quel point l'été est une saison magnifique." (p. 143)
"Nous ne sommes pas concernés par la cause de la mort. Bien sûr, la manière dont meurt quelqu'un éclaire sans doute son existence à contre-jour. C'est pour cela que nous avons une rubrique signalant la cause de la mort dans le dossier des objets. Mais qu'il s'agisse de mort par commotion électrique, écrasement ou crise de démence, il ne faut pas hésiter. La mort est la mort, et rien d'autre. On choisit l'objet uniquement en fonction de cette mort. Vous devez en être capable maintenant." (p. 166)
(éditions Actes Sud, 2003, traduit du japonais par Rose-Marie Makino-Fayolle)