01 juillet 2008
Rencontres de Jerzy Kosinski
J’avais quinze ans quand on m’opéra de l’appendicite, pendant l’une des périodes les plus dures de ma vie. Je me trouvais bien à l’hôpital : je n’avais plus de boutons sur le visage, les infirmières étaient gentilles ; l’une d’entre elle s’appelait Fabienne et j’en étais vaguement amoureuse. Je pleurai en rentrant à la maison car je savais bien que les beaux jours étaient terminés, que tout allait recommencer et que j’allais à nouveau me couvrir d’acné.
Le chirurgien, qui avait remarqué que j’aimais lire, m’avait parlé de son auteur préféré : Jerzy Kosinski. Il avait réfléchi un instant et puis lâché ces mots : «L’oiseau bariolé». Le roman étant épuisé à l’époque, mes parents avaient lancé un avis de recherche chez les bouquinistes. Je le reçus quelque temps après ; c’était un J’ai lu sur papier bouffant. Je ne peux pas dire qu’il me plut à cette époque, mais plutôt qu’il me mit mal à l’aise. Je préférais surtout les scènes de sexe, et celles de la vie quotidienne du jeune héros avec le capitaine de l’armée rouge. Mais que ce fût parce qu’il avait été difficile à trouver et qu’il avait coûté cher, pour des raisons plus inavouables comme la saveur de ses scènes érotiques ou plus mystérieuses encore, un pressentiment ?, ce livre a résisté à toutes mes pérégrinations, à tous les tris et tous les dons. Il est toujours resté à portée de mes mains.
Quinze ans plus tard, mon amie SFFR me parla d’un livre extraordinaire dont elle ne se rappelait plus l’auteur sur le coup mais qu’elle allait me prêter. Ça s’appelait «L’Ermite de la 69ème rue». J’eus immédiatement, lorsqu’elle m’en parla, l’intuition qu’il s’agissait de Kosinski, ce qui était bien le cas. Toutefois, je commençai ce livre trois ou quatre fois sans jamais parvenir à dépasser les cinquante premières pages et dus me résoudre à le lui rendre, après presque un an de prêt.
Que s’est-il passé il y a deux ans, en juillet 2006, pour que soudain je ressente l’urgence de revenir à L’Ermite, pour que la réminiscence d’une clef qui m’y était destinée me donne la volonté de passer par-dessus mes réticences et de continuer à m’enfoncer en ces pages ? Cette clef, elle se trouvait sur le chemin d’exploration de la réalité par les nombres que j’avais d’abord emprunté avec Les Pommes, et qui donna finalement lieu à ma conjecture n°1. Mais L’Ermite est bien d’autres choses encore : un cerveau ouvert, une somme humaine, une encyclopédie vivante dont les neurones se connectent en temps réel sous nos yeux... : De l’Oiseau à l’Ermite.
Quelques temps après, je trouvai Flipper d’occasion chez un bouquiniste, un de ces romans qu’on ne peut lire que d’une traite et dont la réflexion qu’il enclenche est encore plus exaltante qu’elle ne découle pas d’un message qui serait expliqué en toutes lettres, mais du seul fait qu’on se trouve plongé – sans pouvoir en sortir, un peu comme l’oiseau bariolé dans sa fosse à purin – dans la spirale d’une histoire haletante dont l’énigme se dénoue magiquement en parallèle à l’éveil du lecteur.
Le mois dernier, ce fut Cockpit chez le bouquiniste de la rue Condorcet et à nouveau ce sentiment d’être entraînée beaucoup plus loin que les signes sur les pages ne le laisseraient supposer. Le roman se termine par une citation des Possédés de Dostoïevski : «Juridiquement, vous êtes à peu près inattaquable. C’est ce qu’on vous fera tout d’abord remarquer, avec ironie. Beaucoup se montreront perplexes. Qui comprendra les véritables motifs de votre confession ?»
«Qui comprendra les véritables motifs de votre confession ?». Cette question fondamentale est, précisément, de celles qui me guident aussi.
23 novembre 2007
Cigales, cafards, cochons
L’autre jour, j’ai vu Ling Xi à la T.V. Chinoise, Ling Xi vit en France depuis 1998 ; elle a écrit son premier roman en français. Son existence ne m’était pas totalement inconnue : j’avais déjà remarqué dans les librairies la belle couverture d’Eté strident*, mais je ne l’avais pas soulevée. Lors de cette émission, j’ai apprécié le ton net et la franchise du discours de Ling Xi. Elle a exprimé, notamment, son indignation face à l’« exotisme gratuit » des grandes productions cinématographiques qui se contentent de renvoyer l’Occident à ses propres fantasmes en ne lui montrant de la Chine que ce qu’il a envie d’en voir ; si elle a admis que des vêtements « de piètre qualité » fabriqués en Chine envahissaient le marché mondial, elle leur a opposé les habits que certaines marques françaises de prêt-à-porter proposent à un prix ne justifiant pas que leurs boutons s’en aillent au bout de trois semaines, alors que pour la même somme ou même moins, on trouve à Shanghaï des tailleurs qu’on peut porter « même à l’envers » tant les finitions en sont parfaites. Ling Xi évoqua aussi l’effet pervers des grèves de transport qui aboutissent à prendre en otage la seule partie précisément de la population qui n’y peut rien et qui n’a d’autre choix que de subir.
Cette aptitude au renversement de perspective, je l’ai retrouvée dans Eté strident que j’ai emprunté le lendemain à la bibliothèque. « C’était un grand peuple à l’époque, pays d’ingénieurs, patrie des poètes. Et non le synonyme de traiteurs sympas et pas chers. » Que l’on ne se méprenne pas sur ces paroles de l’éleveur de cafards : c’est bien de la France qu’il s’agit ici…
La forme aussi est inédite, ouverte à tous les possibles, du genre de celles dont Jarry disait que « tous les sens qu’y trouvera le lecteur sont prévus, et jamais il ne les trouvera tous ».
Enfin – nouvelle manifestation du « hasard » des livres qui ont la bonté de nous laisser croire que c’est nous qui les choisissons – je n’ai presque pas été étonnée de rencontrer parmi les personnages de ce roman un cousin cochon, « qui était devenu au fil des années une femme »…
***
Ce livre ne se raconte pas, il se lit.
« Les cigales sont mortes. Ou alors, après un été strident, elles ont perdu la voix. »
*Eté strident, Ling Xi, Actes Sud, 2006, ISBN 274276365-I
22 février 2007
Dix mille feuilles, ou l’appel au Printemps
Tout a commencé à la bibliothèque Saint-Simon. Ce n’était pas encore l’été, mais presque. Je cherchais autre chose (je ne sais plus quoi, aux alentours du N et du O, peut-être, mais ce n’est même pas sûr), et l’énorme petite tranche blanche aux lettres noires, carrées, attira mon regard : L’ETE NAKAMURA. «Un jour, je lirai ce livre.»
Je notai le titre et, un peu plus tard, l’empruntai; mais cela ne suffit pas et il me le fallut tout à moi..............................
La suite sur : http://lusurlelu.canalblog.com/archives/2007/02/22/4095102.html
« C’est une bien misérable mémoire que celle qui ne s’exerce qu’à reculons. »
Lewis Carroll
24 novembre 2006
L'Ermite de la 69ème rue, par Jerzy Kosinski - Plon
De l'Oiseau à l'Ermite
http://lusurlelu.canalblog.com/archives/2006/11/24/3256471.html
06 octobre 2006
Parfum de glace - Yoko Ogawa - Actes Sud
In memoriam.
http://lusurlelu.canalblog.com/archives/2006/10/06/2842293.html
N.B. Le titre original de Parfum de glace est : 凍りついた香り. Merci à Paul Ailleurs !
19 septembre 2006
L'Evangile de Judas du Codex Tchacos - Flammarion, 2006
L'évangile dont Judas est le héros.
http://lusurlelu.canalblog.com/archives/2006/09/19/2714179.html
07 septembre 2006
L'Affaire
Je viens de finir "L'Affaire Lolita" de Penelope Fitzgerald.
Le titre original du livre est "The Bookshop", qu'on n'a donc pas simplement traduit par "La librairie". Autant j'aurais tendance à penser qu'un livre comme "Lolita" ne serait peut-être plus publié aujourd'hui (pour des raisons extérieures à sa qualité romanesque), autant, paradoxalement, ce choix de traduction me semble la preuve que tout ce qui fait référence à cette bombe inspire et attire. Si "Lolita" a pu dans ce livre - parmi tant d'autres causes, toutefois, qui auraient aussi pu faire un titre - participer à la chute d'une librairie, "L'Affaire Lolita" donne envie de savoir, donc de lire, donc d'acheter. Ainsi Lolita est-elle en effet devenue une véritable affaire.
04 septembre 2006
l'HSQ par J.K.
"Il pense à Robert Musil, l'Autrichien, dont le roman L'Homme sans qualités "a pour qualité d'être un des grands romans de qualité de l'espèce humaine" (J. Kah)."
Jerzy Kosinski - l'Ermite de la 69ème rue - p. 472
14 août 2006
Yapou, bétail humain - Shozo Numa - Ed. Désordres
Si, c'est humain.
http://lusurlelu.canalblog.com/archives/2006/08/14/index.html
28 juin 2006
Les Désarrois de l'élève Törless - R. Musil
T = HSQ in nucleo.
http://lusurlelu.canalblog.com/archives/2006/06/28/index.html
