12 février 2008
Pouvoir des gommes
« Je me remémorai des bribes du texte de mon père que Madame Shigetô m'avait lu à haute voix... A ce jeune homme enfermé dans un regret sans issue... qu'il a commis ne lui soit point compté... Eux qui nageaient là-bas en se parlant avec beaucoup d'enthousiasme, se démenaient-ils pour effacer, à l'aide d'une immense gomme invisible qui flotterait à la surface de l'eau, l'acte que Monsieur Arai avait commis dans le parking afin qu'il ne lui fût point compté ? »
Oé K., Une existence tranquille, 1990 ; Gallimard, 1995, traduction Anne Bayard-Sakai, ISBN 2-07-073046-8, 259 p., p. 244-245.
16 décembre 2006
Rêve ou jeu, vois-tu,...
"Rêve ou jeu, vois-tu, c'est tout comme, et l'avons-nous joué, rêvé, ce lieu où tu te réfugies, quand Paris t'épuise de gens, de cris, de roues, et d'exigences ? Ecoute, ce décor d'eaux et d'arbres, ne l'avons-nous pas ensemble combiné, n'est-il pas comme une grande convention que nous nous sommes l'un à l'autre faite, à demi conscients des temps qui vont venir ? Cette vie a des bancs où s'asseoir, des chemins plantés, le subterfuge des ponts sur les ruissellements qu'en ce pays choisi l'on appelle les pleurs. Ici, lentement, tout ce qui fut s'éclaire à la fois qu'il s'estompe. Il fallait ce décor à te mieux voir en moi. Il régnait un parfum de grillons et de menthes - Un silence d'oiseaux... Tout ce qui est parfum te ressemble, et le palpitement des oiseaux, la respiration du feuillage. Ce monde fragile un instant qui nous est soumis, plus que tous les mots de l'homme après tout, est cette lettre que je dis, que je t'écris de tout moi-même, et qui ne sera jamais finie, ah, déchirée avant d'être lue jusqu'au bout sans doute, déchirée un jour comme nous. O miroir où je suis absent à force d'aimer ta présence... miroir qui de toi seule enfin s'emplit, à déborder, de ton visage, où je guette en toi les mouvements ombreux, ces secrets que pour moi vivre n'est qu'à déchiffrer, et le tressaillement parfois de les saisir, ces pensées dont j'ai peur et soif, qu'il me serait pourtant plus sage d'ignorer."
Louis Aragon - La mise à mort - Gallimard, folio n° 314 - pp. 73-74
18 août 2006
Mémoire visuelle
« Il existe deux sortes de mémoire visuelle : l’une permet de recréer minutieusement une image dans le laboratoire de l’esprit, en gardant les yeux grands ouverts (et Annabelle se définit alors en termes généraux, tels que ‘peau couleur de miel’, ‘bras fluets’, ‘cheveux courts et châtains’, ‘longs cils’, ‘large bouche éclatante’) ; l’autre projette instantanément, sur l’écran interne des paupières closes, l’image rigoureusement fidèle et objective d’un visage aimé, comme un fantôme minuscule en couleurs naturelles – et c’est ainsi que je vois Lolita. »
Vladimir Nabokov, Lolita
17 juillet 2006
Ecrire - le sens
« N’essayez pas d’analyser trop finement, écrire finalement, c’est se contenter de ce qui est. »
« La plupart du temps, quand on écrit, la réalité des choses ne se transmet pas mais se construit. C’est de là que naît le sens. »
Haruki Murakami, La fenêtre, in L’éléphant s’évapore.
03 février 2005
Ce qu'est le doute
"Dans la vie il arrive un moment, et je pense que c'est fatal, auquel on ne peut pas échapper, où tout est mis en doute (...). Et ce doute grandit autour de soi. Ce doute, il est seul, il est celui de la solitude. Il est né d'elle, de la solitude. On peut déjà nommer le mot. Je crois que beaucoup de gens ne pourraient pas supporter ça que je dis là, ils se sauveraient. C'est peut-être pour cette raison que chaque homme n'est pas un écrivain. Oui. C'est ça, la différence. C'est ça la vérité. Rien d'autre. Le doute, c'est écrire."
Marguerite Duras, Ecrire, Folio Gallimard n° 2754, pp. 21-22.
22 janvier 2005
Le quai de la gare
« Quand on aime on est toujours sur le quai d’une gare. »
Violette Leduc, La bâtarde
17 juillet 2004
Devise
« L’ardeur et l’audace. »
Ma devise, extraite d’Ada ou l’ardeur, de Nabokov.
07 juillet 2004
"Trouver l'issue."
Devise de Zacharie Young
17 juillet 2002
"Il ne faut pas forcer son style"
Devise du professeur Neuter
10 juillet 2002
Inventer
« Inventer n’est pas autre chose que découvrir, et ce qu’on découvre peut être aussi vrai que le sang qui coule dans les veines. Le roman est un monde où le mensonge n’a aucune place. »
Julien Green, Chaque homme dans sa nuit, préface
